Le diagramme de Farmer : guide complet de l’outil maître en maîtrise des risques industriels
Origine et définition du diagramme de Farmer
Les deux axes du graphique
- En ordonnée (Y) — La fréquence (f) ou probabilité : Elle exprime le nombre d’occurrences attendues d’un événement par unité de temps (généralement par an ou par heure de fonctionnement).
- En abscisse (X) — La gravité (C) ou conséquence : Elle quantifie l’impact de l’événement. Selon le domaine d’étude, cette gravité peut être mesurée en rejets radioactifs (Bq), en pertes financières (euros), en nombre de victimes ou en volume de matière toxique dispersée.
La logique mathématique : la ligne d’iso-risque
R = f \times C
Fréquence (f)
▲
│ \
│ \ Zone de risque INACCEPTABLE
│ \
│ \ Courbe d'acceptabilité (Iso-risque)
│ \
│ \ Zone de risque ACCEPTABLE
└───────┴──────────────────────────────► Gravité (C)
L’interprétation des zones
- La zone inacceptable (au-dessus de la ligne) : Un événement situé dans cet espace présente une fréquence trop élevée au vu de sa gravité. L’exploitation de l’installation sous ces conditions est interdite par la réglementation.
- La zone acceptable (sous la ligne) : Les scénarios situés dans cette région sont considérés comme maîtrisés. Le risque résiduel est toléré au regard des bénéfices de l’activité.
Exemple d’application concret : étude de sûreté d’un site Seveso
| Scénario d’accident | Fréquence estimée (f) | Gravité des conséquences (C) | Position initiale sur le diagramme |
| Scénario A : Fuite minime au niveau d’un joint d’étanchéité | 10^{-1} / an (une fois tous les 10 ans) | Confinement interne, aucun impact extérieur | Zone Acceptable |
| Scénario B : Rupture partielle d’une conduite de transfert | 10^{-3} / an (une fois tous les 1 000 ans) | Exposition toxique limitée au site, 2 blessés | Zone ALARP (Tolérable) |
| Scénario C : Rupture catastrophique de la capacité de stockage | 10^{-5} / an (une fois tous les 100 000 ans) | Nuage toxique hors site, risques de victimes civiles | Zone Inacceptable |
Démarche de réduction des risques
- Réduction de la fréquence : Ajout d’une double enveloppe sur la cuve et renforcement des contrôles non destructifs automatisés (gain d’un facteur 10 sur la probabilité de défaillance).
- Atténuation de la gravité : Installation d’un système d’isolement ultra-rapide à sécurité positive couplé à un rideau d’eau d’abattage automatique des vapeurs de chlore.
Intérêts et limites de la méthode
Les avantages majeurs
- Aide à la décision objective : Le diagramme permet de sortir des débats émotionnels en rationalisant la prise de décision sur des bases quantitatives.
- Optimisation des budgets de sécurité : Il évite de sur-investir sur des événements à faible impact pour concentrer les ressources financières sur les scénarios aux conséquences critiques.
- Standardisation de la communication : Il constitue un langage commun entre les exploitants industriels, les bureaux d’études et les autorités d’inspection (comme l’ASN pour le nucléaire ou la DREAL pour les installations classées en France).
Les limites à prendre en compte
- L’incertitude des données : L’estimation des fréquences très faibles (10^{-6} ou 10^{-7}) repose souvent sur des modèles mathématiques et des banques de données dont les incertitudes statistiques peuvent être larges.
- L’équivalence contestée des risques : La logique d’iso-risque considère qu’une catastrophe faisant 1 000 victimes avec une fréquence de 10^{-6} équivaut strictement à un accident faisant 1 victime avec une fréquence de 10^{-3}. En matière d’acceptabilité sociale, les sociétés tolèrent généralement bien moins les accidents collectifs majeurs que la répétition de petits accidents.
Conclusion
Pour aller plus loin : Si le diagramme de Farmer permet de positionner un scénario d’accident par rapport à une ligne d’iso-risque, comment traiter les cas qui se situent dans la zone intermédiaire ?
C’est ici qu’intervient le principe ALARP (As Low As Reasonably Practicable).
Découvrez dans notre article complémentaire [Principe ALARP : le guide opérationnel de la maîtrise des risques] comment cet arbitrage technico-économique permet de déterminer jusqu’où investir pour réduire un risque de manière raisonnable et réglementaire.
