Rapport annuel 2025 de l’Assurance Maladie – Risques professionnels : Bilan, Tendances et Enjeux Financiers
Chaque année, l’Assurance Maladie – Risques professionnels publie son rapport sur la sinistralité des accidents du travail (AT), des accidents de trajet et des maladies professionnelles (MP) du régime général. L’édition 2025, première année pleine du déploiement de la Convention d’objectifs et de gestion (COG) 2023-2028, apporte un éclairage précis sur la santé et la sécurité de près de 20,9 millions de salariés répartis dans plus de 2,5 millions d’établissements cotisants.
1. Vue d’ensemble de la sinistralité en 2025
L’année 2025 prolonge les grandes tendances statistiques observées depuis la crise sanitaire :
- Accidents du travail (AT) : On dénombre 551 225 AT avec arrêt ou incapacité permanente, soit une légère hausse de +0,3 % par rapport à 2024, alignée sur la croissance des effectifs salariés (+0,4 %). L’indice de fréquence (IF) se stabilise à 26,4 accidents pour 1 000 salariés. Les causes principales d’accidents restent la manutention manuelle (51 %), les chutes de plain-pied (14 %) et les chutes de hauteur (11 %).
- Accidents de trajet : En hausse de +1,7 % par rapport à 2024, avec 96 306 sinistres avec arrêt (IF de 4,6). Une part grandissante concerne la mobilité douce (bicyclettes et patinettes), représentant désormais 9,2 % des accidents de trajet codés avec arrêt.
- Maladies professionnelles (MP) : Les MP continuent de progresser avec 52 187 cas reconnus (+3,1 %). Les troubles musculosquelettiques (TMS) constituent près de 90 % des cas. Les pathologies liées à l’amiante poursuivent leur baisse (-10,9 %), tandis que les pathologies hors tableau (dites « alinéa 7 ») augmentent de +5,3 %.
- Mortalité : On recense 1 331 décès toutes catégories confondues en 2025 (+34 cas vs 2024), dont 783 dus à un AT (avec une majorité de malaises), 344 consécutifs à un accident de trajet (principalement d’origine routière) et 204 liés à une MP.
2. Les focus de l’édition 2025
Le rapport 2025 met l’accent sur trois enjeux sociétaux et professionnels majeurs :
A. La sursinistralité des jeunes de moins de 25 ans
Les jeunes de moins de 25 ans représentent 11 % des salariés du régime général, mais concentrent 16 % des accidents du travail et 23 % des accidents de trajet. Leur indice de fréquence est particulièrement élevé (36 AT et 8,7 accidents de trajet pour 1 000 jeunes). Bien que leurs AT soient globalement moins graves, leurs accidents de trajet enregistrent un nombre élevé de décès et des taux d’incapacité permanente plus importants.
B. L’explosion des affections psychiques et des risques psychosociaux (RPS)
Les maladies psychiques liées au travail reconnues par les comités régionaux (CRRMP) ont plus que doublé entre 2020 et 2025, atteignant 1 971 cas (dont près des trois quarts sont des dépressions). Les femmes sont particulièrement impactées (65 % des demandes) et plus de la moitié des victimes ont plus de 50 ans. Par ailleurs, les accidents du travail survenant dans un contexte de RPS ou entraînant une atteinte psychique ont augmenté de +24 % en un an (35 500 cas).
C. La sinistralité selon le genre
L’analyse montre une divergence historique : depuis 2000, le nombre d’accidents du travail a augmenté de +29 % chez les femmes, alors qu’il a baissé de -42 % chez les hommes. Les femmes sont également plus touchées par les accidents de trajet et enregistrent, depuis 2021, un nombre de maladies professionnelles supérieur à celui des hommes.
3. Données financières et dynamique des dépenses
Le total des prestations versées par la branche AT/MP s’élève à 11,2 milliards d’euros en 2025 (+6,2 % en un an).
- Indemnités journalières (IJ) : Pour la deuxième année consécutive, les IJ représentent le premier poste de dépense, devant les incapacités permanentes. Elles atteignent 5,4 milliards d’euros (+10,5 % en un an). En dix ans, leur part dans les dépenses globales de la branche est passée de 34 % à 48 %. Cette hausse s’explique principalement par un « effet durée » (allongement de la durée des arrêts de travail).
- Incapacités permanentes (IP) : Les rentes et capitaux attribués au titre de l’IP s’élèvent à 4,8 milliards d’euros (+2,4 %).
- Prévention et soutien aux entreprises : La branche a mobilisé 56,7 millions d’euros d’incitations financières directes (Subventions Prévention et contrats de prévention). Par ailleurs, le Fonds d’investissement dans la prévention de l’usure professionnelle (Fipu), créé pour lutter contre les risques ergonomiques, a financé les entreprises à hauteur de 139,5 millions d’euros (plus du triple par rapport à 2024).
4. Bilan comptable : un retour au déficit
Alors qu’elle affichait un solde positif depuis 2013, la branche AT/MP présente pour l’exercice 2025 un solde déficitaire de 182,2 millions d’euros. Ce basculement s’explique par la hausse soutenu des charges (+8 %), portée par la forte dynamique des indemnités journalières, qui dépasse l’augmentation des produits de la branche (+3 %). Le taux de cotisation net moyen notifié aux entreprises s’établit quant à lui à 1,89 % en 2025.
Conclusion
Le rapport annuel 2025 souligne l’urgence de poursuivre les efforts de prévention ciblés : auprès des jeunes embauchés, sur la prévention des risques ergonomiques et psychosociaux, tout en accompagnant le vieillissement de la population active pour freiner la dérive des coûts d’arrêts longs.


