Travaux aquatiques : analyse des risques avec la méthode MAECT

Analyse des risques des travaux aquatiques avec la méthode MAECT

Les travaux réalisés au bord, sur ou dans l’eau présentent des conditions d’intervention particulières. À la diversité habituelle des risques professionnels s’ajoutent des facteurs spécifiques liés au milieu aquatique : possibilité de chute à l’eau, risque de noyade, difficulté de récupération d’une personne, surfaces humides ou instables, conditions météorologiques, exposition au froid, qualité de l’eau, coactivité ou encore contraintes d’accès et d’évacuation.

Dans ce contexte, la prévention ne peut pas se limiter au seul port d’un gilet de sauvetage. Elle nécessite une analyse globale de la situation de travail tenant compte à la fois de l’environnement, de l’organisation du chantier, des équipements, de l’activité réelle des opérateurs et des moyens prévus pour faire face à une situation dégradée.

Pourquoi adapter la MAECT aux travaux aquatiques ?

La Méthode d’Analyse et d’Évaluation des Conditions de Travail (MAECT) offre un cadre particulièrement intéressant pour cette approche. Appliquée aux travaux aquatiques, elle permet d’observer la situation de travail dans son ensemble plutôt que d’examiner isolément un danger.

La grille MAECT « Travaux aquatiques » proposée ici constitue ainsi une adaptation opérationnelle de cette démarche. Elle vise à aider le préventeur, l’encadrement et les opérateurs à identifier les facteurs susceptibles d’influencer la sécurité et les conditions réelles d’intervention.

L’analyse porte notamment sur :

  • l’organisation et la préparation de l’intervention ;
  • les accès, déplacements et conditions de travail à proximité de l’eau ;
  • les ambiances climatiques, thermiques, sonores et lumineuses ;
  • les risques chimiques, biologiques ou liés à l’insalubrité du milieu ;
  • les manutentions, efforts physiques et postures ;
  • la coactivité et les communications ;
  • les possibilités de chute à l’eau et de noyade ;
  • les moyens de surveillance, d’alerte, de récupération et de secours ;
  • la capacité de l’opérateur à interrompre son activité lorsqu’une situation devient dangereuse.

Observer le travail réel

L’objectif n’est pas uniquement de vérifier la présence d’équipements ou de documents de prévention. La démarche doit permettre de confronter les dispositions prévues aux conditions réellement rencontrées sur le terrain.

Une intervention peut en effet évoluer rapidement sous l’influence du vent, de la pluie, de l’état des berges, du niveau ou du mouvement de l’eau, de la visibilité, de la circulation d’engins ou d’embarcations, ou encore d’une modification de la coactivité.

L’analyse doit donc conduire à une question simple :

Dans les conditions réelles de cette intervention, l’opérateur peut-il réaliser son travail sans être exposé à une situation insuffisamment maîtrisée et, en cas de chute à l’eau, les moyens prévus permettent-ils d’alerter, de récupérer et de secourir efficacement la personne ?

De l’observation au plan d’action

Afin de rendre cette analyse directement exploitable, chaque facteur est classé selon quatre situations :

🟢 1 – Acceptable
La situation observée présente un niveau de maîtrise satisfaisant.

🟠 2 – À améliorer
Des améliorations sont nécessaires afin de renforcer les conditions de prévention.

🔴 3 – À améliorer en priorité
La situation nécessite une action prioritaire avant ou pendant la poursuite de l’activité, selon la nature du risque identifié.

⚪ NA – Non applicable
Le facteur considéré ne concerne pas la situation analysée.

Les résultats alimentent ensuite un plan d’action hiérarchisé P1 / P2 / P3, avec identification des mesures correctives, responsables, échéances et état d’avancement.

Un outil complémentaire à l’évaluation des risques

Cette grille n’a pas vocation à remplacer le DUERP, le plan de prévention, le PPSPS ou l’analyse spécifique préalable à l’intervention, lorsque ces documents sont requis ou pertinents. Elle constitue un outil complémentaire d’observation et d’aide à la décision, spécifiquement orienté vers les réalités des interventions au bord, sur ou dans l’eau.

Elle peut ainsi être utilisée lors :

  • d’une visite préalable de chantier ;
  • d’une analyse de poste ;
  • d’un audit de prévention ;
  • de la préparation d’une intervention ;
  • d’une formation aux risques liés aux travaux aquatiques ;
  • ou d’un retour d’expérience après une situation dangereuse ou un incident.

L’enjeu est de passer d’une prévention centrée sur l’équipement à une analyse globale de la situation de travail : environnement, organisation, activité réelle, prévention de la chute à l’eau et capacité effective à porter secours.

Une analyse MAECT spécifiquement adaptée aux travaux réalisés au bord, sur ou dans l’eau.

Le principe important est de ne pas se limiter au danger « noyade », mais d’évaluer la situation de travail dans son ensemble : organisation, environnement, activité physique, activité mentale et relations de travail
Facteur MAECTApplication aux travaux aquatiquesPoints à observer / évaluerNiveau possible
Organisation du chantierIntervention en bord d’eau, ponton, bassin, canal, ouvrage hydrauliqueAccès, circulation, stabilité des zones de travail, organisation des secours, coordination🟢 🟠 🔴
Organisation de la préventionPrise en compte spécifique du risque aquatiqueDUERP, plan de prévention/PPSPS, consignes, moyens de récupération🟢 🟠 🔴
Installations d’hygièneTravail humide, froid, eau potentiellement contaminéeVestiaires, vêtements secs, douche, nettoyage/décontamination🟢 🟠 🔴
Ambiance sonorePompes, moteurs, groupes électrogènes, enginsNiveau sonore, communication entre opérateurs et surveillance🟢 🟠 🔴
VibrationsOutillage portatif ou matériel spécialiséDurée d’exposition, équipement utilisé, conditions d’utilisation🟢 🟠 🔴
Ambiance lumineuseEau trouble, locaux techniques, intervention nocturneVisibilité de la zone, obstacles, éclairage du poste🟢 🟠 🔴
Ambiances thermiques / climatiquesEau froide, pluie, vent, chaleurTempérature, humidité, exposition, vêtements et récupération🟢 🟠 🔴
Risques chimiquesEau polluée, hydrocarbures, produits de traitementNature de la contamination et voies d’exposition🟢 🟠 🔴
SalubritéEaux usées, boues, matières en suspensionÉtat sanitaire du milieu et exposition de l’opérateur🟢 🟠 🔴
Risques d’accidentChute à l’eau, noyade, collision, chute/glissadeProtections collectives, EPI, organisation de surveillance et récupération🔴 prioritaire
Manutention manuelleMatériel transporté sur berge, ponton ou embarcationPoids, fréquence, distance, stabilité des appuis🟢 🟠 🔴
Efforts physiquesDéplacements et interventions en environnement aquatiqueIntensité, durée, contraintes du milieu🟢 🟠 🔴
PosturesTravail penché au-dessus de l’eau, espace réduit ou instablePositions contraignantes et durée d’exposition🟢 🟠 🔴
DéplacementsBerges, échelles, pontons, passerelles, surfaces mouilléesGlissade, chute, accès difficile, transport de matériel🟢 🟠 🔴
Contrôle / incidentsSurveillance du procédé et de la situation aquatiqueVigilance nécessaire, réaction en situation dégradée🟢 🟠 🔴
CommunicationBruit, éloignement, travail depuis différentes zonesPossibilité d’alerter, communication avec surveillant/secours🟢 🟠 🔴
CoactivitéEngins, embarcations et autres entreprisesInterférences entre opérations et coordination🟢 🟠 🔴
Autonomie / marge de manœuvreModification rapide des conditions environnementalesPossibilité d’interrompre ou d’adapter l’intervention🟢 🟠 🔴

Laissez un commentaire

Accessibilité