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Noyade : reconnaître l’urgence et agir dès les premières minutes

Noyades : la prise en charge est urgente

La noyade reste un problème majeur de santé publique, souvent sous-estimé alors qu’elle est largement évitable.

Elle se définit aujourd’hui comme un processus entraînant une insuffisance respiratoire après immersion ou submersion dans un liquide.

Cette définition internationale a remplacé les anciennes expressions ambiguës comme « quasi-noyade », « noyade sèche » ou « noyade secondaire ».

L’issue d’une noyade se classe simplement en trois catégories : décès, survie avec séquelles ou survie sans séquelle.

À l’échelle mondiale, la noyade provoque encore environ 300 000 décès par an.

Les enfants, les adolescents et les jeunes adultes sont particulièrement exposés, avec un risque maximal chez les moins de 5 ans. Les hommes sont plus souvent concernés que les femmes, en raison d’une exposition plus fréquente aux activités nautiques, professionnelles ou à risque. Les pays à revenu faible ou intermédiaire concentrent la très grande majorité des décès, notamment lorsque la surveillance des enfants, l’apprentissage de la natation, les systèmes de secours et la sécurisation des points d’eau sont insuffisants.

La gravité d’une noyade dépend d’abord de la durée d’hypoxie.

Lorsqu’une personne est immergée, elle retient initialement sa respiration, puis l’augmentation du dioxyde de carbone et la baisse de l’oxygène déclenchent des mouvements inspiratoires réflexes. Du liquide peut alors pénétrer dans les voies aériennes. L’eau altère les échanges gazeux pulmonaires, lave ou dénature le surfactant, favorise les atélectasies et peut provoquer un œdème pulmonaire lésionnel.

Le résultat commun est une hypoxémie parfois profonde, responsable de troubles du rythme, d’arrêt cardio-respiratoire et de lésions cérébrales anoxiques.

Le pronostic se joue très tôt, souvent avant l’arrivée à l’hôpital.

La première règle est de sortir la victime de l’eau sans mettre le sauveteur en danger, puis de l’allonger, de la protéger du froid et d’évaluer rapidement sa conscience et sa respiration. Il ne faut pas perdre de temps à tenter de « vider l’eau des poumons » par des manœuvres abdominales : elles sont inefficaces et augmentent le risque de vomissement et d’inhalation.

Si la victime respire, elle doit être surveillée, réchauffée et orientée selon son état clinique. Si elle ne respire pas normalement, il faut alerter immédiatement les secours et débuter la réanimation.

La noyade est une situation particulière car l’arrêt cardiaque est le plus souvent secondaire à l’asphyxie.

La ventilation précoce est donc capitale.

Après libération des voies aériennes, les insufflations de sauvetage doivent être entreprises rapidement si la victime ne respire pas. En l’absence de signes de vie, la réanimation cardio-pulmonaire associe compressions thoraciques et insufflations, avec utilisation d’un défibrillateur automatisé externe dès qu’il est disponible. L’alerte au 15 ou au 112 doit être précoce, idéalement réalisée par un témoin pendant qu’une autre personne commence les gestes de secours.

À l’arrivée des équipes médicales, la prise en charge vise à restaurer l’oxygénation, protéger le cerveau et traiter les défaillances associées. Une oxygénothérapie à haut débit peut suffire dans les formes modérées. En cas de détresse respiratoire, une ventilation non invasive ou une intubation avec ventilation protectrice peuvent être nécessaires. Les patients présentant des troubles de conscience, une hypoxémie persistante, un œdème pulmonaire, un choc ou un arrêt cardio-respiratoire relèvent d’une prise en charge spécialisée, parfois en réanimation. L’hypothermie doit être recherchée et corrigée avec prudence ; en cas d’arrêt cardiaque associé à une hypothermie profonde, les efforts de réanimation peuvent devoir être prolongés.

Aux urgences, l’évaluation repose sur l’examen clinique, la saturation en oxygène, les gaz du sang, la biologie et l’imagerie thoracique si nécessaire. Une radiographie ou une échographie pulmonaire peut objectiver l’œdème pulmonaire ou les lésions d’inhalation. L’antibiothérapie systématique n’est pas recommandée en prévention : elle ne prévient pas les pneumopathies d’inhalation et favorise la sélection de germes résistants. Elle doit être réservée aux situations où une infection est documentée ou fortement suspectée, notamment après immersion dans une eau très contaminée.

La prévention reste le moyen le plus efficace de réduire la mortalité. Elle repose sur la surveillance active des enfants, la sécurisation des piscines et points d’eau, l’apprentissage de la natation, l’éducation aux risques, le port du gilet de sauvetage lors des activités nautiques et la limitation de l’alcool près de l’eau. Les collectivités ont également un rôle essentiel : signalisation des zones dangereuses, surveillance des plages, formation aux gestes de premiers secours, accès aux défibrillateurs et préparation aux inondations.

En pratique, tout message de prévention doit rappeler trois idées simples :

  1. une noyade peut être silencieuse et rapide ;
  2. chaque minute d’hypoxie compte ;
  3. les premiers gestes réalisés sur place conditionnent le pronostic.

Sauver une victime de noyade, c’est d’abord reconnaître l’urgence, alerter, ventiler, masser si nécessaire et éviter les gestes inutiles.

La chaîne de survie commence au bord de l’eau.

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